Nous avons le plaisir de vous faire découvrir un carnet de route exceptionnel..... Il s'agit d'un compte rendu d'un voyage effectué par un homme parti d'Orléans le 31 juillet 1825 et qui arrivé à Sion le 5 septembre 1825.
En passant par Lyon, Genève, il nous rapporte son voyage au jour le jour. Nous vous présentons donc, les pages consacrées à Chamonix (Chamounix ou Chamouny) et le Valais. Il y fait une description saisissante d'un crétin à Martigny......
Mais qui pourrait être donc cet anonyme ??? A voir à la fin de la page.....
Bourges, 1er Août 1825
Tranquillise toi, ma bonne mère, ce voyage qui t’afflige tant commence dans de trop heureux auspices pour que je puisse en redouter la suite. Notre route d’hier a été ce qu’elle devait être, tous les français qui voyagent ensemble, dont des amis ou du moins ont bientôt lié connaissance. D’ailleurs j’étais avec deux orléanais, Mr Duverney, chirurgien qui te donnera de mes nouvelles et M. Pénard qui va passer les vacances dans les environs de Bourges. Je ne te parlerai pas de ce que j’ai vu car je te l’ai dit il y a trois mois, lors de ma première visite à Bourges. Nous avons été reçus par Juillien comme on l’est par un ami.
Je te remercie du sac de peau qui sera plus solide que celui de Serge et par conséquent plus utile et plus transportable.
Nous avons très mal dormi à Vierzon, les voituriers, les coqs, les poules, les canards, les dindes et autres menus gens faisaient un concert auquel je n’ai pu m’accoutumer ; il est deux heures, il fait chaud, Pougin dort et j’en vais faire autant s’il m’est possible. Adieu, tranquillise-toi, embrasse mon père pour moi et rassure-toi sur ma santé.
Chamounix Mercredi 31 Aout 1825
Route de Genève
Nous sommes partis de Genève le 29. La route offre une suite de montagnes que l’on voit de Genève. Nous avons déjeuné à Bonneville qui peut être appelée avec raison la porte des alpes. Notre déjeuné a été vivement égayé par une inscription au bas d’un cadre, la voici : La nature nous offre une foule de plaisirs qu’on peut gouter sans remords ; le philosophe Epicure cultivait des jardins et aimait ses amis ; le solitaire de Rumilly aime le bon vin et à faire des tableaux avec du foin ». Ces tableaux sont tout simplement quelques feuilles desséchées, attachées sur un papier de couleur et enduites d’une couche de couleur blanchâtre. Dès en sortant de Bonneville les Alpes s’étalent et leur sommités se perdent dans les nuages. L’Arve qui se perd dans le Rhône au dessous du lac de Genève, coule dans le fond de la vallée au pied des montagnes avec un bruit terrible. A la porte de Cluse, avant le pont, est un énorme rocher de granit qui semble menacer d’une chute prochaine par son inclinaison sur la route. Sur ce rocher on jouit d’une vue magnifique. Le point qui traverse l’Arve est d’une seule arche en bois. Après Cluse on arrive à Maglan, petit village bâti au pied d’une montagne hérissée de blocs qui menacent de l’écraser. La route continue toujours dans une gorge assez resserrée ou l’Arve coule avec la rapidité d’un torrent en se brisant contre les roches qu’elle entraine dans son cours. Les montagnes qui forment les parois de la vallée sont semée de chalets placés quelquefois a une très grande hauteur. Des forets de sapins croissent dans les crevasses et les intervalles sont cultivés en petite partie par les malheureux habitants qui l’hiver ne peuvent sortir à cause de la neige. En prenant un petit détour de route on arrive au pied d’une cascade appelée le Nant d’Arpennas. Cette cascade s’élance d’une hauteur d’au mois 600 pieds. Dans ce moment où elle est moins forte qu’au mois de juin, elle se dissout en vapeur dans la chute et est recueillie dans un bassin d’où elle jaillit entre les rochers.
St-Martin est un bourg à ½ de lieue de Sallanches. Le pont en pierre est d’une grande hardiesse. De ce pont la vue est très étendue. D’un côté on découvre le mont blanc et de l’autre l’œil plonge entre les montagnes jusqu’au pic du Môle qu’on voit du lac de Genève.
Sallanches est de peu d’importance l’église est d’un gout pitoyable et les ornements peints en rouge de sang sont détestables le maître autel est décoré d’un baldaquin soutenu par 8 colonnes bien mal ajustées. A Genève et principalement sur notre route tous les clochers sont bardés de fer blanc.
Route de Sallanches à Chamounix ou Chamouny
Le voyage se fait dans des chars où l’on est assis de côté. Le spectacle des montagnes au pied desquelles est le chemin varie d’aspect à chaque instant. On remarque les éboulements de rochers qui se détachent des sommets et qui dans leurs chutes brisent les forets et viennent couvrir la vallée de leur débris. L’Arve qui est rempli des éclats de ces rochers coule avec un bruit et une rapidité épouvantables. Un peu avant Chamouny est le lac de Chede, le fond est une mine de cuivre. Les eaux sont limpides mais très mauvaises à cause de l’oxyde. On y a mis du poisson qui n’a pas pu y vivre.
Chamouny vu de près n’a rien d’agréable pour la vue et cependant vu des hauteurs il a un aspect assez pittoresque. De Chamouny on voit le glacier des Bossons, celui de Taconnat, le mont blanc au dessus, le glacier d’Argentière et dans le fond la mer de Glace qui a 14 lieues de longueur sur ¾ de largeur. Elle rejoint au mont blanc et communique à tous les glaciers.
La toise pour les chemins a 8P de long. Le pied contient 11°10l de france. La lieue est de 3000T de 7P 8° 10L de france. En sorte qu’une lieue du pays est double de nos lieues de poste (de 2000T) moins 260 pieds. Une lieue de pays contient 23740P de france. On compte autant de lieues qu’il y a d’heures pour faire la route.
Le 1er septembre nous sommes montés au sommet des Rognes, à la hauteur des Grands Mulets. Le chemin est très escarpé, très dangereux surtout à l’endroit appelé le couloir du Mauvais Pas. Ce sont des rochers à pic formés par des lits de pierres en feuilles comme les masses d’ardoises et c’est sur la saillie de ces feuilles (qui n’a pas 3 pouces) que l’on pose les pieds pour passer. On a alors au dessous de soi une profondeur de plusieurs centaines de toises et au bout les crevasses des glaciers. Vers le milieu de notre ascension, à un repos dans un endroit très escarpé, Pougin fit tomber sa casquette qui de bonds en bonds roulant dans l’abîme. Cette chute lui fit tant d’impression en lui montant le danger qu’il devient timide jusqu’à ce que nous fussions descendus dans la plaine. A la hauteur des Rognes on ne trouve aucune espèce de végétation que des mousses et des lichens et nous sommes montés à 1500 toises au dessus du niveau de la mer en faisant des calembours et en chantant. Nous avons été 13 heures à faire notre excursion. Partis à 6h ½ parvenus au sommet à midi ½.
Montanvert
Le 2 septembre, quoique fatigués de notre course de la veille nous sommes monté au Montenvers ou Montanvert (voir les dessins ci-dessus ils sont très exacts). Nous avons été faire une petite promenade sur la mer de Glace, nous avons bu a un écoulement du glacier. Nous sommes descendus du Montenvers qui a 954 toises pour voir les sources de l’Arveyron, ces sources sont la réunion des cascades et des eaux qui coulent des glaciers. Sur le sommet des glaciers nous avons vu un bloc très gros suspendu en équilibre. Notre guide nous a dit qu’avant 3 jours il serait tombé. Nous étions partis à 10h et nous sommes rentrés à 7h du soir. J’avais un mal de dents qui ne m’a pas permis de diner. Je me suis couché.
Nota Les glaces de la mer de glace qui a 14 lieues de long avancent d’envions 80 toises par année et dans les années chaudes d’un pied par jour. Ces glaces entrainent des rochers énormes qui tombent des sommités. Nous en avons vu un, en granit, de 30P de long sur 15P et 15 de large qui avança de 80 toises l’année dernière. On croirait que cet avancement considérable pourrait finir par engloutir la vallée de Chamouny, mais la grande quantité d’eau qui sort par la base, fond la glace à mesure dans une proportion semblable, ce qui établit un équilibre parfait, car plus il y a de glace au sommet, plus les glaçons avancent et plus les torrents causés par les dégels sont abondant.
Le 3 septembre à 7h nous sommes partis pour voir les glaciers du Bosson. Nous avons traversé ces glaciers avec nos bâtons ferrés et des crampons attachés au pied. Nous étions de retour à 10 1/2. Nous avons mangé des fraises au pied des glaciers.
Notre guide (Jacques Simon) est un homme très agile, très complaisant et à qui l’on peut se fier. Il s’exprime bien et réunit assez de connaissances pour donner aux voyageurs tous les détails qui peuvent exciter l’intérêt, même pour les minéraux.
Nota Les pyramides des Bossons penchent toutes leur sommet vers la rive la plus prochaine. Ce qu’on peut expliquer ainsi : la masse du glacier étant minée sur les côtés par les torrents il se forme des crevasses à la surface et comme le torrent est beaucoup moins fort au milieu que vers les rives, les pyramides penchent vers la rive où le point d’appui manque, alors les pointes s’inclinent comme un éventail. On présume qu’au milieu du glacier il y a un lit de rochers élevés qui forcent les glaces à se séparer.
Glacier des Bossons
Passage de Tête Noire
Cascade de la Pissevache vue en face à 1 heure 1/2 de Martigny
Cascade de la Pissevache vue de côté à 1 heure 1/2 de Martigny dans la vallée
Clocher de Martigny - 5 septembre 1825
Les crétins que l’on voit dans le Valais sont des masses informes qui n’ont rien de l’homme. Cette espèce est au dessous des bruts et des animaux les plus stupides. Les véritables crétins (c'est-à-dire ceux qui le sont dans toute l’étendue du mot) sont sourds et muets. Ils ne sont capables d’aucune intelligence, ils n’ont même pas l’instinct de chercher encore moins demander leur nourriture. On est obligé de les faire manger et de les nettoyer comme des animaux. Leur malpropreté fait horreur. On les tient dans une écurie où ils ne font aucun mouvement. La seule pruve d’existence qu’ils donnent est de rire bêtement à la vue d’une personne. Les crétins vivent très vieux, l’année dernière il est mort une femme qui avait plus de 80 ans. Elle était dans une écurie et quand on la nettoyait il faillait l’emporter sur un brancard. Elle n’avait de la vie que la faim et la respiration. Ces animaux sont tellement abrutis qu’aucun désir, aucun besoin ne les porte vers les femmes, on dit seulement qu’il se beaucoup.
On ne sait pas dans le pays à quoi attribuer ce manque d’intelligence. Un paysan nous a dit que les femmes qui buvaient beaucoup de vin étaient plus sujettes que d’autres à enfanter des crétins. On voit très souvent à Martigny des époux bien portants et reconnus pour intelligents, avoir des enfants crétins. Souvent même un crétin a pour frères et sœurs des personnes d’esprit. Autrefois les familles regardaient comme un signe de bonheur d’avoir une brute parmi leurs enfants. Tous les crétins et crétines ont la figure plus large que haute, ils ont d’un jaune cuivré, de très petite taille et très gras, leur peau huileuse et leurs cheveux plats sont d’une malpropreté dégoutante. Enfin ceux qu’on laisse aller dans les rues se salissent dans leurs vêtements.
Nota : Aujourd’hui, un des plus notables de la commune de Martigny et qui est chargé d’une partie de l’administration a une sœur tout à fait crétine.
4 septembre
Un crétin - 5 septembre
Entrée de Sion par la route du Simplon - 5 septembre
Il s'agit de la porte de Loèche qui était située au sommet de la Rue du Grand-Pont.
Alors en cherchant sur le net, nous avons trouvé un personnage qui pourrait correspondre à l'auteur de ce carnet de route...